
Mon équipe et moi-même avons découvert très récemment, une
nouvelle race d'homo sapiens volens, que nous avons baptisé :
"homo cagistus". La suite de cet exposé vous explique la genèse
de cette étrange dénomination.
L'homo cagistus est une espèce rare, apparue en France, au tout
début de la décennie 90 et qui a bien failli disparaître au
milieu de ces mêmes années 90 à cause de l'indifférence
légèrement méprisante du milieu ambiant. Il semble que la
prolifération de l'internétique ait permis à la communauté
scientifique internationale, de se rendre compte du risque
d'extinction de l'espèce et d'en organiser efficacement la
protection.
L'homo cagistus est aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial
de l'humanité, déclaré espèce protégée et sa chasse est, sinon
interdite, du moins rigoureusement réglementée.
L'homo sapiens cagistus est un proche cousin de l'homo sapiens
parapentis vulgaris. Il a en commun avec lui le fait de voler
avec un nombre impair d'ailes, une généralement, ce qui est
unique parmi les espèces volantes, dinosaures, insectes,
oiseaux, mammifères ou poissons qui comportent toujours, 2n
ailes, disposées symétriquement de part et d'autre du corps.
L'aile de l'homo cagistus, située très haut au dessus de son
corps, comme celle de l'homo parapentis est en outre,
volontairement détachable, comme la queue du lézard ou le dard
de l'abeille, à la différence qu'il peut, après l'avoir
détachée, utiliser ses pattes antérieures pour la plier
soigneusement et la ranger dans un sac dorsal pour utilisation
ultérieure, par lui-même ou par un autre congénère, ce que le
lézard ou l'abeille sont, comme on le sait, totalement
incapables de faire.
L'homo cagistus, démuni de son aile, est alors très difficile à
distinguer de l'homo sapiens vulgaris. On observe toutefois
que, l'homo cagistus momentanément dépourvu de son aile, comme
l'homo parapentis dans le même cas, marche sur terre les yeux
tournés vers le ciel, car là il est allé et là il lui tarde de
retourner.
La principale différence entre l'homo cagistus et l'homo
parapentis vulgaris est un appendice tubulaire, que d'aucuns
trouvent assez disgracieux, situé au dessus de son corps et
relié à ses pattes antérieures. L'utilité de cet appendice n'a
pas encore été complètement expliquée.
Certains cagistologues prétendent que cet accessoire, qui est
d'ailleurs comme l'aile, détachable mais solidaire de cette
dernière, servirait à l'homo cagistus à communiquer à longue
distance avec ses semblables au moyen de vibrations appelées
VHF ou UHF. Il serait même capable de transmettre des images du
paysage survolé par ce moyen.
Certains autres prétendent qu'il pourrait s'agir d'un système
de navigation hyper-sophistiqué, utilisant le champ magnétique
terrestre, le trou dans la couche d'ozone, un réseau de
satellites à défilement, voire les constellations, à des fins
d'orientation et de repérage du nid.
D'autres observateurs plus avertis ont vu des ailes d'homo
cagistus mouillées, pendues après des accessoires similaires et
pensent qu'il peut s'agir d'un système destiné au séchage de
l'aile après la pluie. En effet, l'aile de l'homo cagistus,
contrairement à celles de la plupart des oiseaux, n'est pas
imperméable et il doit, comme le cormoran, la faire sécher au
soleil avant de pouvoir revoler, s'il s'est fait surprendre par
la pluie.
Enfin de mauvaises langues prétendent que cet accessoire
permettrait à l'homo cagistus de voler mieux que les autres,
voire mieux que l'homo omega tertius et même que l'homo omega
quartus, ce qui est proprement inconcevable encore qu'on en
voie assez fréquemment, au dessus de tout le monde dans la
grappe en train de pousser leur fameux cri : Gnirk ! Gnirk !
L'espèce homo cagistus est aujourd'hui, d'autant plus menacée
que l'on n'a recensé qu'une population de quelques dizaines
d'individus en France et que sa reproduction n'est pas de type
sexué.
Mais avant de parler de la reproduction de l'homo cagistus, il
est bon de faire un rappel sur celle, beaucoup mieux connue, de
son cousin, l'homo parapentis.
Il est assez difficile d'observer des accouplements dans la
nature et l'espèce ne vit pas en captivité, aucune volière
n'étant assez grande pour lui donner l'illusion de la liberté.
On pense que l'homo parapentis se reproduit surtout la nuit et
après s'être détaché de son aile.
Toutefois, des cas d'accouplement en vol ont été observés et
même filmés. Curieusement, dans ce cas, l'un des deux
partenaires, le mâle en général, emprunte l'aile d'un mâle plus
gros que lui, alors que la femelle se trouve démunie de toute
surface portante. Après des travaux d'approche qui durent 15 à
20 minutes environ, où la femelle, à la fois inquiète et
excitée tourne autour du mâle et sur elle-même dans une sorte
de danse de séduction, elle présente enfin son dos au mâle en
signe de soumission. Celui-ci la saisit alors et l'agrippe à
l'aide de membres spéciaux appelés écarteurs. (on se perd en
conjectures sur l'origine de ce mot sans doute inventé par un
ethno-ornithologue qui n'avait rien compris au film qu'il était
en train de tourner).
Une étreinte indescriptible commence alors. La femelle se met à
courir vers le précipice, dans une tentative désespérée
d'échapper au mâle qui la suit sans la lâcher des écarteurs et
déploie simultanément et péniblement une aile beaucoup trop
grande pour lui. Enfin, après cette course effrénée, la femelle
pousse généralement un long cri et c'est l'envol majestueux, un
spectacle magnifique, que l'ethno-ornithologue le plus blasé ne
pourra jamais se lasser d'admirer. Après un vol de 5 à 30
minutes voire davantage suivant les performances du mâle, le
couple se pose délicatement comme un papillon géant, l'aile
s'étiole doucement sur l'herbe tendre dans un bruit soyeux et
on peut lire sur le visage de la femelle une satisfaction
béate, alors que le mâle relâchant l'étreinte de ses écarteurs
regarde alentour en rugissant : "A qui le tour !".
La fidélité n'est pas une caractéristique de l'espèce ! Il est
d'ailleurs assez rare d'observer deux accouplements successifs
entre les mêmes partenaires.
Certains observateurs rapportent avoir observé des cas
d'accouplement, où ce serait la femelle qui aurait une aile,
également trop grande pour elle, et où le mâle désailé se
serait placé devant. Nous n'avons pas personnellement observé
de tels cas et nous restons dubitatif sur l'issue d'une telle
entreprise.
Nous ne parlerons pas des observateurs qui prétendent avoir vu
deux mâles, voire deux femelles simuler l'accouplement. Il est
bien connu que ce genre de pratiques contre nature sont
notoirement stériles et relèvent sans doute, de la plus haute
fantaisie scientifique.
L'homo cagistus lui n'a encore jamais été observé en train de
se reproduire en vol, par voie sexuée et pour cause.
L'homo cagistus se reproduit par un mode tout à fait original
dans le monde animal :
la "contagion verbale" d'une espèce à une autre, encore appelée
"bouche-à-oreille" ou "cheminement intellectuel".
On est à peu près certain aujourd'hui qu'un virus est le
vecteur de la contagion. Ce virus est inoculé par l'homo
cagistus à un homo parapentis vulgaris, au cours d'une période
de faiblesse, par une relation appelée "conversation
technologique" et dont le contenu est appelé par certains,
"diptéro-sodomie". (de "diptéro" qui signifie "mouche" et de
"sodomie" qui signifie "sodomie").
Une fois contaminé par le virus, l'homo parapentis vulgaris
migre après une période d'incubation assez courte, pour une
semaine environ, de sa région d'origine vers le département des
Hautes Pyrénées où il subit divers traitements plus ou moins
avouables de la part d'un ou plusieurs autres homo cagistus,
traitement qui s'apparente aux rites d'initiation que l'on
connait surtout chez des espèces plus évoluées. C'est au cours
de cette migration que la mue se produit et qu'une nouvelle
aile ainsi que l'appendice tubulaire disgracieux précédemment
cité, se développent simultanément.
Contrairement à une idée couramment répandue on ne trouve aucun
cas de contagion où l'appendice tubulaire disgracieux se serait
développé sous l'aile d'origine de l'homo parapentis vulgaris.
L'ancienne aile d'homo parapentis est en général abandonnée sur
place avec dédain après la mue. Comme elle n'est pas bio-
dégradable, il arrive qu'elle soit récupérée par des individus
homo parapentis non encore contaminés, mais le risque de
contamination ultérieure est alors non négligeable.
Ceci est très important et explique sans doute qu'aucun cas de
mue rétrograde n'ait jamais été observé. L'homo parapentis
contaminé et devenu homo cagistus est à tout jamais condamné.
Curieusement, nous n'en avons toutefois jamais rencontré qui
montre des signes de rejet ou qui se plaigne de leur nouvel
appendice, bien au contraire.
Nous voudrions terminer cet exposé par une mise en garde.
Il semble bien en effet, d'après notre expérience personnelle,
qu'un contact direct ne soit pas absolument nécessaire à la
contagion. Des cas de contamination téléphonique et même
internétique auraient été observés, mais cela reste à
confirmer. Dans l'intervalle, nous ne pouvons que recommander
la plus grande prudence au cours de ce type de contact. Des
systèmes de protection sont à l'étude mais leur mise au point
peut encore prendre plusieurs années.
Nous vous tiendrons bien sûr informés de tout nouveau
développement sur la prolifération de cette espèce nouvelle,
qui semble prendre une allure exponentielle et inquiète les
autorités.
Professeur Tom Dean-Ray
, ethno-ornithologue
Titulaire de la chaire d'anatomie des systèmes vivants à
disjonction réversible du HPIT
(High Pyrenees Institute of Technology).
Auteur d'un ouvrage sur le vol montant bi-pendulaire publié
chez JCA.
Traduit du sabir américano-britannique par André Amyot,
ethno-ornitho-dynamicien
spécialiste de la mue chez l'homo parapentis nain
et probablement contaminé lui-même.
Théorie de la mise en virage chez l'homo parapentis vulgaris.
Une tentative de déstabilisation de l'association
des homo cagistus sapiens sapiens,
Budillon J.P., PPM Nov Dec 98
Et une poignée pour les oreilles, une !
Collectif rédactionnel FF-VL
juin 97 / oct 98
Commandes de vol à taquet coinceur,
une alternative aux commandes de vol électriques.
Bachelot J.P.
Journal de l'Aérospatiale Oct 98
Egalement publié dans la Gazette d'Airbus Industrie
(compréhensible uniquement par le forum cagistorum.)
La mue secondaire chez l'homo cagistus lagonis
Professeur John-Lewis Ugly-Sting du HPIT
ugly-sting@glisse.fr
. A paraitre prochainement dans PPM, Aerial
et peut-être Vol Libre.
Le mousqueton unique de l'homo cagistus,
un cas isolé dans la nature ?
Extrait du livre :
Les systèmes vivants à disjonction réversible
(chap. 173, page 8792)
Professeur Tom Dean-Ray
Editions JCA a Saint Maur (94)
L'homo cagistus paradigmus, espèce en voie d'apparition.
Conférence de Daniel De Vadder,
professeur a l'Ecole Centrale de Parapente (ECP).
disponible sous forme de polycopié auprès de l'auteur, le
Professeur De Vadder
.
Et enfin bien sur !
Homo parapentis freinus vulgaris, l'espèce est elle menacée
Thèse de fin d'étude d'un groupe d'élèves
de la promotion 2001 de l'ENAC d'Argelès-Gazost
(Ecole Nationale de l'Aviation Cagée)